L’église fut construite en 1959, dans le cadre des Chantiers du Cardinal, par les architectes Bonnin et Gardey. Elle est entièrement intégrée dans le paysage d’immeubles et dominée par un pylône de béton en forme de croix. C’est l’exemple typique de la théorie de « l’enfouissement » inspirée de la métaphore du levain, qui, enfoui au milieu de la pâte, va la faire lever et donner un beau pain. Cette tendance de l’enfouissement des églises était en vogue dans les années 1960 et 1970, pendant lesquelles certains architectes ont conçu des églises pour les « fondre » dans le paysage immobilier urbain, au plus près des lieux de vie et de passage des habitants des cités. Avec les églises Saint-Justin et Sainte-Reine, la Chapelle appartient à la paroisse Saint-Justin du diocèse de Nanterre.
Des murs de lumière
La grande et haute salle rectangulaire de la chapelle, accessible par un escalier, s’élève jusqu’au troisième étage de l’immeuble auquel elle est adossée. Elle est magnifiquement éclairée par deux façades en vitrail, du sol au plafond. Les vitraux entourant l’autel donnent à cette église toute son originalité. Ces vitraux remarquables furent financés en 1959 par la société Saint-Gobain en échange d’un terrain de la paroisse pour y bâtir son siège social. Ils sont l’œuvre de Max Ingrand qui a aussi réalisé l’abside et les luminaires de la chapelle.* Fasciné dès sa jeunesse par les vitraux de la cathédrale de Chartres où il était scolarisé, Max Ingrand déclarait : « Le rôle d’un vitrail, c’est de créer l’atmosphère d’un édifice ». Si les vitraux de la chapelle Sainte-Bernadette sont abstraits, l’artiste a aussi réalisé des vitraux figuratifs à Sainte-Agnès à Maisons-Alfort (94), une église de style Art Déco, classée Monument historique, bâtie avec le concours des Chantiers du Cardinal aussi.
Les plans de la future église sont dressés en 1958 par les architectes de Saint-Gobain, Bonnin et Gardet. Leur choix se porte sur l’alliance du béton et du verre qui est la spécialité de leur entreprise. La première pierre est posée le 25 janvier 1959 par Mgr Guilhem, archidiacre de Paris. L’église est consacrée à Sainte Bernadette le 15 novembre 1959, en souvenir du premier centenaire des apparitions de Lourdes.*
Une œuvre remarquable
Techniquement, c’est un ensemble de pièces de verres épaisses découpées en différentes formes et maintenues entre elles par un réseau de plombs appelé résille.
Le vitrail de Sainte-Bernadette joue avec le soleil, la lumière court sur toute sa longueur comme pour évoquer une certaine progression spirituelle. Il transforme ce lieu de culte en véritable kaléidoscope. Le vitrail est ponctué d’oiseaux stylisés, de nuages et d’étoiles. Cet ensemble magistral va du sol au plafond en habillant deux pans entiers de la chapelle qui est ainsi emplie de lumière multicolore, changeante au gré des heures et des saisons.*
Ces vitraux font l’originalité de cette église et aujourd’hui, cette œuvre unique est labellisée par les autorités régionales d’Ile-de-France. C’est le mercredi 12 février 2025 que la chapelle Sainte Bernadette reçoit la visite et l’hommage officiel. Lors de l’accueil des personnalités et du public, le père Gabriel Roussineau, le curé de la paroisse, découvre la plaque de ce label décerné par la Région Ile-de-France « Patrimoine d’intérêt régional ». A la fois heureux et fier, il s’exprime aussi avec lucidité : « L’église Sainte-Bernadette est un joyau caché de Levallois. Elle contient en effet un trésor : ce magnifique vitrail de Max Ingrand, d’une taille exceptionnelle, sans équivalent en Ile-de-France. La beauté de cette œuvre ne doit pas masquer sa fragilité : nous avons constaté à de nombreux endroits que les ferronneries sont endommagées, le verre déformé, cassé…65 ans après sa pause, un nouveau chantier nous attend : celui de sa rénovation ! »
Ensuite, la visite de l’église, au premier étage, et la présentation des vitraux jusqu’au fond de l’ancien chœur est assurée par Olivier Seydoux, un paroissien érudit. C’est dans la salle du rez-de-chaussée de la chapelle, devant les amis et invités, que le Maire de Levallois, Agnès Pottier-Dumas, puis Jean-Pierre Gaspard, directeur général bénévole des Chantiers du Cardinal et le Père Gabriel Roussineau, curé de la paroisse, prennent la parole tour à tour. « Le patrimoine religieux du XXème siècle bénéficie peu de la procédure Monuments Historiques. Ce label d’intérêt régional est particulièrement important pour ces édifices contemporains », souligne Jean-Pierre Gaspard.
En conclusion, Valérie Pécresse, la Présidente de la Région Île-de-France insiste sur la notion de transmission et d’héritage : « On ne sait pas où l’on va si on ne sait pas d’où l’on vient. Le patrimoine est important dans la formation de nos personnalités, celles de nos enfants, dans la formation d’un peuple. Et c’est pour cela que nous sommes particulièrement heureux de labelliser « Patrimoine d’intérêt régional » cette jolie chapelle Sainte-Bernadette. »
La messe est célébrée à l’issue de ces discours, dans la chapelle envahie par les paroissiens heureux et fiers, de nombreuses personnalités et habitants du quartier avant un apéritif joyeux et animé.
Une labellisation régionale
Créé en 2017 par la Région Île-de-France, le label est décerné aux bâtiments ou ensembles non protégés au titre des Monuments Historiques présentant un intérêt patrimonial avéré et représentatif pour la région. Le label compte aujourd’hui plus de 234 sites labellisés.
L’obtention du label permet notamment aux propriétaires d’accéder à 2 dispositifs régionaux :
Une aide en investissement pour la restauration du patrimoine non protégé,
Une aide en fonctionnement pour sa valorisation.
Pour le patrimoine relevant de ce label, le taux d’intervention en investissement sera de 30 % maximum, plafonné à 500 000 euros par tranche de travaux.
* Certains points historiques de cet article sont rédigés grâce à des extrait de l’article paru in Levallois Memoires, le blog des archivistes de la Ville de Levallois et un article coécrit par Cécile L. avec Xavier Theret. Merci pour les précieuses informations !
https://levalloismemoires.wordpress.com/2019/01/14/une-spiritualite-lumineuse-et-coloree/
Voir aussi
15.04.2019Article
Restauration du mur vitrail de Saint-Paul à l’Haÿ-les-Roses